Ebola en RDC : quand le manque de soignants devient une menace nationale
La République démocratique du Congo affronte désormais une crise qui dépasse largement la seule progression du virus Ebola.
La capacité même de la riposte est sous pression. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, près de 1 400 lits ont été installés dans 59 centres de traitement, mais environ 1 600 lits supplémentaires seraient encore nécessaires. Pour atteindre une capacité totale de 3 000 lits, l’OMS estime qu’environ 9 000 agents de santé formés seraient nécessaires, soit près de 5 000 professionnels supplémentaires par rapport aux effectifs actuellement disponibles.
Le manque de personnel qualifié, combiné aux difficultés de financement et au nombre limité d’organisations capables d’exploiter des centres Ebola, constitue désormais un véritable goulot d’étranglement de la riposte.
Cette pénurie intervient alors que l’épidémie causée par le virus Bundibugyo continue de s’étendre. Au 2 septembre, l’OMS faisait état de 6 342 cas signalés et de 3 072 décès dans 60 zones de santé réparties dans six provinces. Quelques jours plus tard, l’OMS rapportait à Reuters plus de 6 000 infections et 3 175 décès.
Les autorités et leurs partenaires ont lancé un plan révisé de 180 jours évalué à 1,3 milliard de dollars afin de renforcer la surveillance, la recherche des contacts, les capacités de traitement, la logistique et l’engagement communautaire.
Pour le Mouvement ELIKYA, cette situation doit être regardée avec gravité, mais également avec lucidité.
Le manque de personnel n’est pas un simple problème logistique. Il révèle une faiblesse structurelle de notre État : un pays de plus de cent millions d’habitants ne peut durablement dépendre de mobilisations extraordinaires et de partenaires extérieurs chaque fois qu’une urgence sanitaire menace sa population.
L’OMS elle-même avertit que la réponse devra probablement être soutenue pendant des mois, voire davantage, et qu’elle nécessite des ressources humaines suffisantes, un financement prévisible, des chaînes d’approvisionnement résilientes et la continuité des autres services essentiels de santé.
ELIKYA considère donc que l’urgence immédiate doit être double. Il faut d’abord recruter, former, protéger et correctement prendre en charge les milliers d’agents nécessaires à la riposte actuelle. Médecins, infirmiers, techniciens de laboratoire, épidémiologistes, hygiénistes, logisticiens, agents communautaires et équipes d’inhumation constituent aujourd’hui une véritable première ligne de défense nationale. Leur protection physique, leur équipement, leur rémunération régulière et leur formation ne peuvent être traités comme des questions secondaires. Dans une épidémie pour laquelle il n’existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement spécifique homologué contre le virus Bundibugyo, la qualité des équipes de terrain, la détection précoce, l’isolement, la prise en charge, la recherche des contacts et l’engagement communautaire sont encore plus déterminants.
Mais répondre à l’urgence ne suffit plus. La RDC doit préparer l’après-Ebola. Le Mouvement ELIKYA souhaite voir émerger une véritable politique de souveraineté sanitaire : renforcement durable des écoles de médecine et des instituts de formation, développement de l’épidémiologie de terrain, laboratoires de référence capables de fonctionner dans les provinces, constitution d’une réserve nationale de professionnels mobilisables en situation d’urgence, investissements dans la recherche congolaise et mécanismes permanents de formation continue. Les provinces les plus exposées doivent disposer de capacités propres au lieu d’attendre systématiquement le déploiement d’équipes depuis Kinshasa.
Cette crise pose également la question du financement de notre système de santé. La solidarité internationale demeure indispensable face à une urgence de cette ampleur, et l’appel de 1,3 milliard de dollars mérite une mobilisation rapide. Mais la RDC doit simultanément se demander quelle part de ses propres ressources elle entend consacrer, durablement, à la protection sanitaire de sa population. Un pays ne devient pas souverain uniquement par le contrôle de ses frontières ou de ses ressources naturelles. La souveraineté se mesure également à sa capacité à détecter une menace sanitaire, mobiliser ses scientifiques et ses soignants, protéger les citoyens et maintenir les services essentiels lorsque survient une catastrophe.
La crise actuelle doit enfin conduire à une réflexion plus large sur l’avenir de notre peuple. Lorsque des milliers de vies peuvent dépendre de la disponibilité de quelques milliers de professionnels supplémentaires, nous ne sommes plus devant une simple question sectorielle : nous sommes devant une question de sécurité nationale et de développement. Chaque médecin que nous ne formons pas aujourd’hui, chaque laboratoire que nous ne construisons pas, chaque système de surveillance que nous négligeons et chaque professionnel qualifié que nous perdons affaiblissent notre capacité collective à faire face à la prochaine crise.
Pour ELIKYA, la leçon est claire : protéger la vie doit devenir une fonction centrale de l’État congolais. La réponse immédiate à Ebola doit être renforcée sans délai, mais cette catastrophe doit également servir de point de départ à la construction d’un système sanitaire plus robuste, décentralisé, scientifique et souverain. Notre ambition ne peut être seulement de vaincre cette épidémie. Elle doit être de faire en sorte que, demain, la République soit suffisamment préparée pour qu’aucune épidémie ne trouve à nouveau notre peuple aussi vulnérable.
Mouvement ELIKYA
Pour un État capable de protéger la vie et de préparer l’avenir.



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