Ebola : l’épidémie s’aggrave, la riposte se fissure.
La République démocratique du Congo fait face à une aggravation préoccupante de l’épidémie d’Ebola causée par le virus Bundibugyo. Selon les données rapportées ce 7 septembre par Associated Press, plus de 6 500 cas ont désormais été enregistrés et près de 3 200 personnes sont décédées. Quelques jours auparavant, les données européennes disponibles au 2 septembre faisaient état de 6 250 cas confirmés et 3 039 décès. Cette progression confirme une tendance particulièrement grave, même si les derniers chiffres devront continuer d’être consolidés par les autorités sanitaires nationales et internationales.
L’Ituri demeure l’épicentre de l’épidémie, désormais présente dans six provinces.
Au-delà des chiffres, un autre signal doit retenir l’attention nationale : les équipes chargées des inhumations sûres et dignes font face à une fatigue croissante, à la méfiance de certaines communautés et, dans plusieurs cas, à des agressions. Or, interrompre ou affaiblir ce dispositif peut directement favoriser la transmission.
Les personnes décédées d’Ebola demeurent hautement infectieuses, particulièrement lorsque les rites funéraires impliquent un contact avec le corps.
L’Organisation mondiale de la Santé considère ainsi les inhumations sûres et dignes comme l’un des piliers essentiels de la lutte contre Ebola.
Pour le Mouvement ELIKYA, cette situation appelle une réponse technique, responsable, culturellement sensible et non partisane. Protéger les équipes sanitaires est une nécessité, mais la sécurité seule ne suffira pas.
La riposte doit s’appuyer davantage sur les chefs coutumiers, responsables religieux, relais communautaires, survivants, associations locales et professionnels de santé capables d’expliquer les mesures, d’écouter les familles et d’adapter les interventions aux réalités sociales et culturelles.
L’OMS recommande précisément de placer ces réseaux communautaires et la construction de la confiance au cœur de la riposte actuelle.
ELIKYA appelle donc les autorités compétentes à assurer la protection effective des équipes d’inhumation et des autres agents de première ligne, à garantir leurs conditions de travail et leur rémunération, et à intensifier immédiatement la mobilisation communautaire dans les zones affectées. Les familles endeuillées doivent être accompagnées avec dignité et associées, dans les limites de la sécurité sanitaire, aux rites permettant de préserver leur dignité et leurs traditions. La coercition sans dialogue risque d’accroître la méfiance ; une riposte sanitaire qui perd la confiance de la population perd une partie essentielle de sa capacité d’action.
Cette épidémie rappelle enfin une responsabilité fondamentale de l’État : la protection de la vie. Ebola ne doit pas seulement être combattu comme une urgence ponctuelle.
La RDC doit tirer de cette catastrophe les enseignements nécessaires pour renforcer durablement sa surveillance épidémiologique, ses laboratoires, ses capacités provinciales, ses ressources humaines et sa souveraineté sanitaire.
Le Think Tank ELIKYA poursuivra son analyse de cette crise afin de contribuer, sur la base des données scientifiques et de l’expérience congolaise, à l’élaboration de politiques publiques capables de mieux protéger notre peuple.
Mouvement ELIKYA
Pour la vie, la responsabilité et un État capable de protéger son peuple.


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