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Changer la Constitution pendant que le Kivu saigne, c’est accepter un Congo balkanizé

  • 7 mai
  • 7 min de lecture

Le Mouvement Elikya appelle le peuple congolais à s’organiser pour barrer la route à un référendum constitutionnel dans un pays en guerre, fragmenté et humilié.



Il n’est plus permis de faire semblant.

Le projet de changement de Constitution revient. Il revient au moment le plus grave, le plus dangereux et le plus irresponsable de notre histoire récente : pendant que des Congolais du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri et d’autres territoires meurtris vivent dans la guerre, l’occupation, l’insécurité, l’exil intérieur, les massacres, la faim et l’humiliation nationale.


Les derniers Congolais déplacés vers le Burundi viennent encore de subir cette tragédie. Depuis décembre 2025, des dizaines de milliers de Congolais ont fui les combats dans le Sud-Kivu vers le Burundi. Reuters a rapporté que plus de 84 000 réfugiés avaient traversé vers le Burundi en décembre 2025 à cause de l’escalade des violences dans l’Est de la RDC. Le HCR a aussi documenté des retours spontanés depuis le Burundi vers le Sud-Kivu en 2026, malgré une situation encore fragile et un accès limité aux services essentiels dans les zones de retour. (Reuters)


Voilà donc le pays réel : des familles déplacées, des enfants arrachés à leurs écoles, des villages vidés, des femmes et des hommes forcés de traverser les frontières pour survivre, puis parfois poussés à revenir dans des zones encore instables parce que l’aide humanitaire s’épuise.


Et pendant ce temps, au sommet de l’État, on remet sur la table le débat du changement de Constitution. Il faut une certaine audace politique pour appeler cela une priorité nationale. Ou alors un mépris très avancé du réel.


Le président Félix Tshisekedi a ouvert la porte à un éventuel troisième mandat par voie référendaire, tout en évoquant aussi la possibilité que les élections de 2028 ne puissent pas se tenir si le conflit dans l’Est n’est pas résolu.


L’Associated Press a rapporté cette déclaration dans le contexte d’un conflit aggravé depuis la prise de Goma et Bukavu par le M23/AFC, soutenu par le Rwanda selon plusieurs sources internationales. (AP News)


Cette déclaration change tout.

Elle confirme que le débat constitutionnel n’est pas mort. Il a seulement reculé. Il a été suspendu, maquillé, préparé pour revenir au moment opportun pour le pouvoir.


L’année passée, lorsque le Mouvement Elikya, avec d’autres partenaires politiques et citoyens, avait mobilisé contre l’opportunité d’un changement de Constitution dans les conditions actuelles, certains ont peut-être cru que le gouvernement avait compris le message du peuple.


Il semble aujourd’hui plus probable que le gouvernement n’ait pas renoncé. Il s’est simplement repositionné.


Le Mouvement Elikya avait déjà averti.

Dans sa déclaration politique “Mobilisons nous !”, publiée sur son site officiel et mise à jour le 12 juin 2025, le Mouvement Elikya demandait clairement de “renoncer à l’inopportun débat de changement de la constitution” et de concentrer les ressources nationales sur la sécurité, la souveraineté, la reconquête des zones occupées, l’effort de guerre, la mobilisation populaire et la défense de l’intégrité territoriale de la République. (mouvement-elikya.com)


Ce n’était pas une posture. C’était une lecture lucide du danger.

Aujourd’hui, les faits donnent raison à cette position.

La RDC ne peut pas prétendre organiser un référendum national normal pendant qu’une partie de son territoire échappe au contrôle effectif de l’État. Le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri ne sont pas des marges administratives. Ce sont des terres congolaises. Ce sont des populations congolaises. Ce sont des citoyens congolais. Leur exclusion réelle, directe ou indirecte, d’un processus constitutionnel national serait une mutilation politique de la souveraineté populaire.


Un référendum dans ces conditions ne serait pas simplement incomplet.

Il serait moralement invalide.

Il serait politiquement dangereux.

Il serait historiquement suspect.


Le pouvoir peut parler de modernisation des institutions. Il peut parler de consultation populaire. Il peut parler de volonté du peuple. Les régimes qui veulent prolonger leur survie n’ont jamais manqué de vocabulaire. C’est souvent leur première industrie nationale.


Mais la vraie question est simple :

Quel peuple sera consulté ?

Le peuple de Kinshasa seulement ?

Le peuple des provinces sécurisées seulement ?

Le peuple qui n’est pas déplacé ?

Le peuple qui n’est pas sous occupation ?

Le peuple qui n’a pas fui les combats vers le Burundi ?

Le peuple qui n’a pas été chassé de Goma, de Bukavu, de Rutshuru, de Masisi, de Walikale, de Beni, d’Uvira, de Bunia et d’autres zones meurtries ?

Peut-on changer la Constitution d’un pays pendant qu’une partie de ce pays est militairement arrachée à la souveraineté nationale ?


La réponse du Mouvement Elikya est claire : non.


Ce débat est inopportun. Il est dangereux. Il est suspect.


Il est d’autant plus dangereux que les élections de 2023 ont déjà profondément fragilisé la confiance nationale dans le processus électoral. Le scrutin du 20 décembre 2023 a été marqué par de graves problèmes logistiques, des retards, une prolongation chaotique du vote au-delà du calendrier prévu, et de nombreuses contestations. Le Centre Carter a documenté les faiblesses du processus électoral congolais dans son rapport final sur les élections de 2023. (democracyinafrica.org)


Dans un pays où l’élection elle-même est contestée, où la machine électorale inspire la méfiance, où la guerre déchire le territoire, où des millions de citoyens sont déplacés, vouloir organiser un référendum constitutionnel relève d’une fuite en avant.

Et cette fuite en avant peut ouvrir une porte encore plus grave.

Si Kinshasa organise un référendum constitutionnel en ignorant, dans les faits, les Congolais du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri et les millions de déplacés, qu’est-ce qui empêchera demain les forces d’occupation ou leurs relais politiques de prétendre organiser leurs propres consultations locales ?


Qu’est-ce qui empêchera les territoires occupés de dire :

“Puisque Kinshasa consulte sans nous, nous aussi nous consultons sans Kinshasa.”

Voilà le piège.

Le pouvoir croit peut-être utiliser la Constitution pour prolonger son temps politique. Mais dans un pays en guerre, cette opération peut devenir une arme contre l’unité nationale elle-même.


Un référendum constitutionnel organisé dans une République fragmentée peut devenir le précédent politique qui légitime d’autres référendums : référendum d’autonomie, référendum d’autodétermination, référendum de séparation, référendum sous occupation.


Et personne ne doit faire semblant de ne pas comprendre.

Dans les deux cas, que le référendum vienne du gouvernement ou d’une autorité rebelle, il serait biaisé. Biaisé par la peur. Biaisé par la guerre. Biaisé par la propagande. Biaisé par l’absence de liberté. Biaisé par la crise électorale congolaise elle-même.


On ne refonde pas l’État pendant que l’État recule.

On ne change pas la Constitution pendant que le territoire national est occupé.

On ne consulte pas librement le peuple pendant que des millions de Congolais sont déplacés, menacés, affamés, dispersés ou réduits au silence.

La priorité nationale n’est pas le troisième mandat.

La priorité nationale n’est pas la survie politique d’un homme.

La priorité nationale n’est pas l’agenda constitutionnel d’un régime.

La priorité nationale est claire :

sécurité nationale ;

reconquête des territoires occupés ;

protection des populations déplacées ;

retour digne et sécurisé des réfugiés ;

justice pour les victimes ;

réforme profonde de la gouvernance ;

lutte contre les détournements ;

réduction de la pauvreté ;

restauration de la confiance électorale ;

défense de l’unité du pays.

Tout le reste est diversion.


Le Congo n’a pas besoin d’un référendum de prolongation du pouvoir. Le Congo a besoin d’un sursaut national.

Le Congo n’a pas besoin d’une Constitution écrite au-dessus des ruines de Goma, Bukavu, Uvira, Rutshuru, Masisi, Walikale, Beni, Bunia et des territoires meurtris. Le Congo a besoin de sécurité, de dignité, d’État et de vérité.


Le Mouvement Elikya appelle donc le peuple congolais à s’organiser, dans chaque commune, chaque territoire, chaque province et dans la diaspora, pour barrer une fois de plus la route à ceux qui veulent imposer au pays un changement constitutionnel dans des conditions de guerre, d’occupation, de crise humanitaire et de déplacement massif.


Ceux qui veulent changer la Constitution aujourd’hui veulent faire accepter au peuple un Congo diminué.

Ceux qui veulent organiser un référendum pendant que le Kivu saigne ouvrent la voie à la balkanisation politique du pays.

Ceux qui demandent au peuple de voter pendant que des millions de Congolais sont déplacés ne cherchent pas la souveraineté populaire. Ils cherchent une caution populaire à une stratégie de conservation du pouvoir.

Le Mouvement Elikya refuse cette imposture.


Nous appelons les Congolais à rester debout.

Nous appelons la jeunesse à s’organiser.

Nous appelons les forces politiques responsables, les églises, les mouvements citoyens, les intellectuels, les femmes, les travailleurs, les étudiants, la diaspora et toutes les forces patriotiques à refuser ce piège.

La Constitution ne doit pas devenir l’instrument d’une partition silencieuse.

La République ne se négocie pas sous occupation.

Le peuple congolais ne doit pas valider sa propre mutilation nationale.

Le peuple gagne toujours.

Mais seulement quand il s’organise.


Que vive le Congo unit!





Références

  1. Mouvement Elikya, “Mobilisons nous !”, déclaration politique publiée le 27 janvier 2025 et mise à jour le 12 juin 2025. Le texte appelle notamment à faire de la situation sécuritaire et humanitaire la priorité nationale et à renoncer au débat inopportun sur le changement de la Constitution. (mouvement-elikya.com)

  2. Associated Press, article sur la déclaration du président Félix Tshisekedi concernant l’éventuel report des élections de 2028 si le conflit à l’Est n’est pas résolu, ainsi que l’ouverture à un troisième mandat par référendum. (AP News)

  3. Reuters, décembre 2025, sur l’afflux massif de réfugiés congolais au Burundi à la suite de l’escalade des violences dans l’Est de la RDC, avec plus de 84 000 personnes signalées. (Reuters)

  4. HCR, “Eastern DRC Situation, December 2025 – March 2026”, sur les réfugiés congolais arrivés au Burundi, les retours spontanés vers le Sud-Kivu et la fragilité persistante des zones de retour. (data.unhcr.org)

  5. Associated Press, avril 2026, sur le retour de milliers de réfugiés congolais depuis le Burundi vers l’Est de la RDC après le retrait du M23 de certaines zones, tout en rappelant la persistance de l’instabilité et le nombre élevé de réfugiés congolais au Burundi. (AP News)

  6. Analyses et rapports publics sur les contestations autour du processus électoral congolais de 2023 et les inquiétudes sur les projets de changement constitutionnel en RDC. (democracyinafrica.org)

 
 
 

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